À peine claquée la porte de chez moi, parcourue d’un frisson, je lève les yeux vers le ciel. C’est un de ces éternels ciels gris qui semble s’étirer à l’infini, renvoyant sur le commun des mortels une lumière fade et blanchâtre. Le gris devient sombre, menaçant. Je déploie mon parapluie alors que j’entame ma marche matinale. Ploc. Ploc. Un bruit sourd retentit sur la toile cirée. Ça rebondit et vient s’écraser sur ma botte. C’est un P. Un P ! Unes à unes, les lettres viennent s’écraser sur le bitume du trottoir parisien, formant des lettres noires indissociables, amas de ce qui fut un jour des mots, des nobles mots, mais ne forme plus qu’une noire bouillie.
J’avance, pose un pied devant l’autre, en plein dans les flaques, je suis éclaboussée par un T, un K, un A, un F, un B… Rien n’a de sens, j’essaie de les assembler pour former un mot, rien qu’un seul, mais rien ne vient. Le ciel a broyé les mots un à un, il nous les a ôtés de la bouche, la littérature, les expressions, les mots d’amours, les poèmes et les chansons, il les a tous avalés, pour recracher sur nous ces lettres désarticulées, écartelées. J’essaie de parler, aucun son ne sort de ma bouche, j’essaie de parler, aucun mot ne se forme dans mon esprit. Comme le ciel, mon âme n’est plus qu’un épais brouillard dans lequel je navigue à l’aveugle, désespérément à la recherche d’un mot, un seul, que le ciel m’aurait laissé.
Puis, c’est le noir. Rideau.
Une lumière aveuglante perce à travers mes paupières fermées. Le soleil a repris ses droits et farde le bitume d’une lumière douce et dorée. Au sol, les lettres noires ont chacune retrouvé leur place. Un gourmand CHOCOLAT est allongé contre moi, ma tête repose sur un moelleux MERVEILLEUX. À mes pieds un RONRONNER se dore la pilule, et ONIRIQUE flotte dans le ciel.
ONIRIQUE…





